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La relation mère-fille : l’avis du psy

La relation mère-fille : l'avis du psy
La relation mère-fille : l’avis du psy
La fête des mères, c’est aussi le moment où l’on fait le point sur notre relation avec notre maman. Fusion, rivalité, amour, envie, désaccords, ce n’est pas toujours simple et les interrogations sont nombreuses. Pour cela, la psychanalyste Florence Guignard, une des auteurs de : « La relation mère-fille, entre partage et clivage » a accepté de répondre à nos questions.

En quoi la relation mère/fille est-elle différente de la relation mère/fils ? Est-elle plus complexe ? Pourquoi ?

La relation mère/fille diffère de la relation mère/fils pour des questions d’identification et d’identité de genre. Les parents d’un petit garçon auront comme perspective de l’aider à devenir un homme, ceux d’une petite fille, à l’aider à devenir une femme.

Il est difficile d’affirmer que la relation mère/fille est toujours plus complexe que la relation mère/fils : certaines femmes sont plus à l’aise pour éduquer des filles, d’autres, pour éduquer des garçons. Cela dépend d’une grande quantité de paramètres, notamment, de la formation de leur propre personnalité par l’éducation qu’elles ont reçue, et également, de leur mode de vie et de leurs choix affectifs.

Cependant, les récentes études psychanalytiques tendent à prouver que la relation éducative et/ou thérapeutique est plus délicate à conduire lorsqu’elle se passe entre deux personnes du même genre.

Il peut exister un sentiment de rivalité entre une mère et sa fille, comment l’expliquez-vous ?

Il existe toujours un sentiment de rivalité entre une fille et sa mère et – à un moindre degré lorsque la mère est équilibrée et heureuse – entre une mère et sa fille.

La rivalité provient toujours des aspects infantiles de la personnalité. Il est donc normal qu’une petite fille, qui n’a pas encore fait quelque chose de sa vie, soit en rivalité avec sa mère, qui lui apparaît – à tort ou à raison – comme ayant « réussi » sa vie, notamment parce que, par définition, une mère a une vie sexuelle et au moins un bébé – la fille en question.

Si la fille devient mère à son tour, la relation mère/fille est-elle amenée à changer ?

Oui, c’est du moins ce qu’on peut souhaiter de mieux aux mères et aux filles ! Les vieux reproches, les anciennes rivalités, tout cela devrait disparaître devant cette communauté d’expérience de la mère et de sa fille : la grossesse, l’accouchement, les soins au bébé, l’éducation d’un nouveau citoyen du monde… Que de merveilles à partager !

Pourtant, là encore, ce beau tableau peut être gâché par des tendances infantiles, chez l’une, chez l’autre ou chez les deux, d’où des conflits inutiles autour de l’enfant.

Quels  conseils donneriez-vous pour entretenir une bonne relation avec sa mère ?

Il est naturel que les enfants devenus adultes se séparent physiquement de leurs parents et aillent vivre ailleurs. La relation d’une fille adulte avec sa mère implique qu’elle fasse réellement le deuil de son enfance et qu’elle se prenne en charge autant que faire se peut.

A partir de là, elle saura moduler le temps qu’elle passe avec sa mère. Le grand changement, c’est qu’elle décidera de lui donner ce temps, par amour et par respect pour ce qu’elle en aura reçu – même si elle garde tout plein de petites ou grosses rancœurs au fond d’elle-même : les jeux sont faits, la vie est devant elle.

Dans le cas d’une situation conflictuelle, ou la communication est devenue impossible entre la mère et la fille, quels conseils donneriez-vous pour réussir à renouer le dialogue?

Outre ce que je viens de dire, je conseillerais de rechercher un tiers qui puisse explorer et utiliser discrètement les désirs respectifs de l’une et de l’autre de renouer un lien aussi viscéral que compliqué. Parfois, les « psy » servent à quelque chose…

Quel est le rôle du père dans tout ça ? Comment peut-il faciliter l’entente entre la mère et sa fille ?

Voilà le tout premier tiers naturel pour la question évoquée à l’instant ! Mais il n’est pas toujours évident que le père soit disposé à faciliter l’entente entre la mère et sa fille. « Diviser pour régner » a toujours existé chez l’homme, même chez le meilleur d’entre eux ! Et le père est évidemment le premier objet d’investissement – donc, de discorde possible – de la mère comme de la fille dans une configuration familiale « normale » – même si cette configuration se fait de plus en plus rare.

Un père facilite l’entente entre une mère et sa fille s’il sait renoncer à la satisfaction narcissique de les voir se battre pour ses beaux yeux, et s’il peut rappeler à l’une comme à l’autre qu’une famille n’est pas censée être un champ de bataille. Ici encore, l’« Infantile » du père peut soit l’aider à rétablir une certaine harmonie, soit utiliser au profit d’un pouvoir illusoire cette dispute entre ses deux « femmes » qui l’aiment.

Enfin, lorsque les parents sont séparés et qu’il se produit un conflit de ce genre, la tentation est grande, pour chacun d’eux, de rejeter la faute sur l’autre, selon le mode de fonctionnement des enfants dans une cour de récréation. En s’opposant à sa mère, la fille cherchera désespérément à conquérir le père, s’identifiant alors en vain à la nouvelle maîtresse de celui-ci. Le risque pour la fille est alors de ne pas seulement perdre son père œdipien, mais aussi sa mère de la petite enfance, qui fut son premier objet d’amour et d’identification.