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Comprendre et lutter contre l’insomnie

Comprendre et lutter contre l'insomnie
Comprendre et lutter contre l’insomnie

Plus d’un Français sur deux se plaint de mal dormir. Que le trouble soit passager ou chronique, il ne s’agit pas forcément d’insomnie et un traitement ne s’impose pas systématiquement. Le plus important est d’apprendre à connaître ses véritables besoins en sommeil et de réapprendre à bien dormir.

Le Dr Sylvie Royant-Parola, psychiatre, neurobiologiste et présidente du Syndicat de la Médecine du Sommeil et de la vigilance, nous détaille les propriétés de l’insomnie.

A chaque personne son insomnie

– Quels sont les symptômes de l’insomnie ?

Tout le monde peut mal dormir de temps en temps mais, si le phénomène se répète trop fréquemment voire quotidiennement, il faut s’inquiéter. D’autre part, si vous êtes gêné par la fatigue dans la journée et que vous ressentez clairement le manque de sommeil; si vous avez du mal à accomplir certaines tâches habituelles et que vous sentez une faiblesse dans vos mouvements, c’est qu’il y a un problème.

– Y a-t-il différentes formes d’insomnie ?

Les causes d’insomnie les plus fréquentes sont celles liées à des problèmes psychologiques, au stress et à l’anxiété. Elle concerne 50% des cas environ. Il y a ensuite les formes d’insomnies qui s’entretiennent toute seule et qui n’ont pas de véritables causes précises. On parle de 15 à 20% des cas. Enfin, pour le reste, il y a les insomnies liées à des maladies qui la provoquent, comme l’asthme ou les problèmes thyroïdiens. On parle aussi du syndrome des jambes sans repos et de l’apnée du sommeil.

– Y a-t-il un profil type de l’insomniaque ?

Il n’y a pas de « profil type » mais ce qui est certain, c’est que les femmes sont beaucoup plus touchées. On a en moyenne deux femmes pour un homme. On explique ce déséquilibre par des raisons hormonales et aussi car les femmes sont statistiquement plus sujettes à la dépression que les hommes.

L’âge et l’insomnie

– Avec l’âge, on a l’impression que tout le monde devient insomniaque…

En fait, le sommeil devient de plus en plus léger et donc de plus en plus fragile avec l’âge. Mais aussi et surtout, plus on vieillit, moins on a besoin de dormir et ça, les gens ne le savent pas. Ils pensent même le contraire puisque beaucoup de personnes âgées sont persuadées d’avoir toujours plus besoin de sommeil et en se forçant à ça, ils se créent des insomnies.

– Chacun a donc ses propres besoins en sommeil qui vont évoluer tout au long de la vie… Comment les évaluer ?

Le meilleur moyen de savoir si l’on dort suffisamment, c’est de se demander si on se sent en forme la journée car la répercussion principale de l’insomnie se manifeste par une certaine faiblesse pendant la journée. Ensuite, il faut savoir que le rythme le plus proche de vos besoins est celui que vous aurez en vacances, sans contraintes ni travail. En gros, quelqu’un qui dort en vacances une heure de plus que pendant la semaine de travail sera plutôt équilibré dans son rapport au sommeil. En revanche, celui qui dormira plusieurs heures en plus chaque matin en vacances pourra en conclure qu’il ne dort pas assez en général.

– Quels sont les risques pour la santé liés à l’insomnie, la vraie ?

La nervosité suscitée par le fait de ne pas dormir et d’être fatigué entraine souvent une accélération des battements de cœur. On a constaté que l’activité cardio-vasculaire était décuplée chez les insomniaques et qu’ils pouvaient plus facilement être sujets à des maladies cardio-vasculaires. C’est là le retentissement le plus important sur le corps à mon sens.
Il y a ensuite des liens avérés avec la dépression mais on n’est pas en mesure d’affirmer que l’insomnie puisse être une cause de certaines dépressions. C’est plutôt dans le sens inverse que ça se passe.

Traitements et conseils contre l’insomnie

– Pour trouver un traitement approprié, est-il essentiel de connaître la cause de son insomnie ?

Bien sûr et c’est pour cela que les consultations/insomnies doivent durer spécialement longtemps. On interroge la personne sur son rythme de vie, ses habitudes, son hygiène de vie. Il arrive même fréquemment qu’on demande à interroger le conjoint. Tout ça signifie que l’on ne peut pas se baser sur les symptômes uniquement, il faut déceler la cause pour résoudre le problème.

– Les somnifères sont-ils une bonne solution ?

Non, on ne peut pas appeler ça une « solution ». En fait, il s’agit d’un produit extraordinaire puisqu’il procure une sensation de coupure, la sensation que l’on arrête tout d’un coup de penser. C’est précisément ça qui attire autant les gens. Le problème de ces produits est qu’ils ne résolvent les problèmes que sur le court terme. Après un mois de somnifères, le sujet est en général replongé dans ses problèmes d’insomnie avec de multiples éveils qui réapparaissent pendant la nuit. La seule chose que l’on obtient en prenant régulièrement des somnifères, c’est de déstructurer son sommeil.

– Qu’en est-il des autres traitements de l’insomnie comme l’hypnose, l’homéopathie ou l’acupuncture ? Sont-ils vraiment efficaces ?

Efficaces ? Cela dépend de ce qu’on attend d’eux. Ces pratiques peuvent être utiles et efficaces si elles complètent une thérapie comportementale par exemple. Mais il n’a encore jamais été prouvé que ces méthodes pouvaient résoudre des problèmes de sommeil sur le long terme. En gros, ça peut « aider » mais pas « guérir ».

– Des conseils pour favoriser le sommeil ? On supprime le thé, le café, l’alcool ?

Pas vraiment, tout dépend des quantités… Si par exemple vous buvez deux verres de vin chaque soir au diner, ça aura une sorte d’effet anxiolytique qui favorisera le sommeil… Mais si la consommation d’alcool est excessive, on s’endormira vite mais on se réveillera souvent dans la nuit avec des sensations désagréables et, au final ,u ce sera ne très mauvaise qualité de sommeil. De la même manière que si quelqu’un boit huit cafés par jour, il aura un cycle du sommeil complètement déstructuré…

– Et l’activité physique… Quel impact peut-elle avoir sur le sommeil ?

L’activité physique est très bonne pour l’hygiène de vie et pour le sommeil aussi. Il faut cependant faire attention car son impact sur le sommeil sera différent selon l’heure à laquelle on la pratiquera. Il faut plutôt faire du sport le matin ou au plus tard en début d’après-midi car si vous pratiquez une activité physique le soir, votre température centrale va augmenter. Le sommeil est justement difficile à atteindre lorsque la température centrale est trop élevée. Alors pour ceux qui aiment faire du sport le soir ou qui ne peuvent pas faire autrement, il faut prévoir de se coucher plus tard car s’ils se couchent tôt, le sommeil ne viendra pas.